Ma mère leva son verre de vin pendant le dîner de Noël et me regarda avec un sourire, comme si elle prononçait une bénédiction.
« Ta sœur a acheté une maison ! Quand est-ce que tu vas enfin te stabiliser ? »
La pièce se figea pendant une demi-seconde.
Puis ma sœur Claire éclata de rire. Pas un rire discret. Pas gêné. Un rire fort, tranchant, éclatant, qui résonna entre les verres en cristal et les décorations dorées, comme s’il était fait pour des gens qui n’avaient jamais eu à se soucier d’argent.
J’étais assise au bout de la table, dans une simple robe noire, tenant une fourchette dont je n’avais soudain plus besoin. Son fiancé, Marc, se pencha calmement en arrière. « Certaines personnes ne sont tout simplement pas faites pour la stabilité. »
Ma mère lui lança un regard d’avertissement, mais continua de sourire. Mon beau-père, Victor, découpait la dinde comme s’il interrogeait un témoin au tribunal.
« Ta mère s’inquiète pour toi, Anna. Trente-deux ans — toujours en location. Pas de mari. Pas de maison. Pas de direction. »
Je regardai le sapin de Noël. En dessous — des cadeaux coûteux, des sacs de marque, des vins importés.
Sur la cheminée, une photo de Claire devant sa nouvelle maison, brandissant les clés avec fierté.
La même maison que ma grand-mère voulait me laisser.

